vendredi 24 mars 2017

Fusion effusion

finale Top14 2016
Dans ma thèse soutenue en 2007, j'essaie de comprendre en quoi la taille du marché d'un club professionnel est un élément déterminant de régulation des ligues. La taille d'une ville conditionne en partie l'émergence des clubs au plus au niveau et leur performance sportive. Je considère alors que la fusion de deux clubs est une option lorsqu'il s'agit de limiter la concurrence locale sur un petit marché. Extrait


Une fusion est une union/entente entre plusieurs clubs d’où résulte une seule entité. Elle peut ainsi être envisagée comme une réponse à la taille du marché. Considérant qu’à l’échelle locale une concurrence sera forcément néfaste dans l’objectif de gravir les échelons – il faudrait se partager le public potentiel, le soutien de sponsors locaux, l’appui des collectivités –, deux clubs peuvent entreprendre de s’unir. Il est difficile d’obtenir des données fiables pour établir un recensement exhaustif des fusions permettant une analyse rigoureuse. Toutefois, deux idées fondamentales peuvent être avancées. Premièrement, depuis l’établissement des ligues professionnelles, on observe des fusions dans tous les pays européens. Celles-ci sont de deux sortes : 
  • d’une part, la fusion/entente : deux clubs de villes petites ou moyennes s’unissent pour faciliter l’accès au plus haut niveau. C’est le cas du Dijon Football Côte d’Or, né en 1998 de la fusion entre le Cercle Dijon Football et le Dijon FC. Les deux clubs étaient alors en concurrence réelle puisqu’ils évoluaient dans le même groupe de Championnat de France Amateur. Ainsi peut-on lire sur le site officiel du club : « Le DFCO existe grâce aux responsables de ces deux clubs qui avaient compris que l’intérêt supérieur du football à Dijon exigeait la mise en commun de toutes les ressources financières et de toutes les énergies. » En 1999-2000, le club est champion de France amateur et accède au National. En 2006-2007, le club entame sa troisième saison en L2 en y jouant les premiers rôles ; 
  • d’autre part, il existe la fusion/absorption : dans ce cas, un grand club établi en intègre un plus petit tout en conservant son nom. 
Stade Jean Bouin - Stade Français
Secondement, les fusions se font de plus en plus rares au plus haut niveau. Bale note que l’attachement du public à « son » club rend difficile la contraction de deux équipes dans une tierce identité dépourvue d’histoire (Bale, 1993, Sport, Space and the City. New York, N.Y.: Routledge.pp. 165-166). Un tel projet est d’autant plus voué à l’échec qu’il vise à fusionner deux clubs localisés dans des villes différentes. Ainsi, en 1983, le propriétaire d’Oxford United – Robert Mawxell, magna de la presse – propose de fusionner le club avec celui de Reading FC localisé à 40 km. La nouvelle entité nommée « Thames Valley Royals » serait localisée à équidistance des 2 villes. Le projet est abandonné après la protestation virulente des supporters de chaque équipe. La proximité entre deux équipes semble être une condition indispensable aux projets de fusion. Toutefois, on identifie des tentatives qui méritent d’être mentionnées en raison de leur singularité. Ainsi, en 1966, le Racing Club de France faisant face à des difficultés financières fusionne avec l’Union Athlétique Sedan Torcy pour donner naissance au Racing Club de Paris-Sedan. Si le projet initial stipule que les matchs doivent se disputer alternativement au Parc des Princes et au stade Emile Albeau, toutes les rencontres se disputeront finalement dans les Ardennes. La fusion est abandonnée après trois années. En 1989, après de nouvelles difficultés financières, le Racing Club de France demande à fusionner avec le RC Lens. Cette fois, la ligue nationale refuse l’alliance au motif que le club parisien, étant un club de la ligue d’Ile-de-France, doit obligatoirement jouer à la capitale.  

Extrait de : Régulation des ligues sportives professionnelles : une approche géographique le cas du football européen (1975-2005), thèse soutenue le 9 octobre 2007.

Ce que l'on peut dire de la tentative de fusion du Racing et du Stade Français

Précipité et mal expliqué, le projet de fusion des deux clubs parisiens de rugby apparaissait d'emblée comme voué à l'échec. Au delà de tous les arguments avancés (l'histoire et le palmarès des clubs - écoutez ci-après la chronique de Xavier Mauduit -, le devenir des joueurs, celui des fans ou du personnel administratif des clubs...) on peut en expliciter d'autres : 
  • géographique : Tout se passe comme ci le public pouvait, à la limite, concevoir et admettre l'union de deux petits clubs dans une petite ville mais ne pas comprendre celle deux grandes marques dans une capitale. Les deux clubs peinent à fidéliser un public volatile. Selon le rapport de la DNACG de 2016, le Racing était le club qui comptait le moins d'abonnés en 2014-2015 (3351), tandis que le Stade Français figurait à l'antépénultième place de ce classement (4397) Alors que 8 clubs comptaient plus de 6000 abonnés (dont 2 plus de 10 000). Pour autant, dans une aire urbaine qui compte plus de 10 millions d'habitants, la fusion des deux entités pour potentiellement augmenter la base de fans ne semblait pas justifiée d'autant que se posait la question de deux équipements neufs et structurants. 
  • marketing : l'histoire, le palmarès et les valeurs des clubs en ont fait deux belles marques sportives aisément reconnaissables. Dans le sport, les tentatives d'évaluation du logo ou de repositionnement sont périlleuses (souvenez vous du Mans FC, du PSG ou plus récemment de la Juve) alors que penser de l'avènement d'une marque vierge construite sur les cendres deux marques robustes? D'autant plus que la fusion des deux entités, si elle pouvait concourir à limiter la concurrence locale, emportant avec elle ce qui, finalement, constitue une source de création de valeurs : la rivalité entre les deux clubs. 
  • juridique : un club est une structure bicéphale composée d'une société commerciale qui gère l'activité professionnelle de l'équipe fanion et d'une association support qui encadre le reste de l'activité. Sans entrer dans des détails trop techniques, on croit comprendre que la fusion engageait les deux SASP sans que ne soit discuté, à ma connaissance, le devenir des structures associatives. 
Au final, ce qui scelle l'échec du projet c'est qu'il ne s'agissait pas tant d'un projet de fusion où les deux entités, d'égal à égal, participaient à l'émergence et la gouvernance d'une nouvelle entité, mais d'un projet d'absorption où, semble t-il la Racing allait dominer le Stade Français. Si l'union fait la force, l'absorption la dilue. 


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